Le Maroc enfin prêt ?

Il serait facile de croire que l’alliance entre les trois pays nord-américains leur permettra d’obtenir aisément la Coupe du Monde. Car en face, le Maroc, qui postule pour la cinquième fois après 1994, 1998, 2006 et 2010, regorge d’éléments positifs. “Le pays est prêt à accueillir une compétition de cette envergure” affirme le ministre de la jeunesse et des sports Rachid Talbi Alami. Le Royaume du Maroc l’a déjà prouvé par le passé en organisant avec brio un autre événement de la FIFA : la Coupe du Monde des clubs en 2013 et 2014. De plus, le pays du Maghreb est aussi connu pour sa grande expertise organisationnelle, qu’il a pu démontrer en abritant le Forum mondial des Droits de l’Homme et la COP 22 récemment.

Grâce aux investissements mis en œuvre depuis 2004, le Maroc dispose désormais de tous les potentiels exigés par le cahier des charges de la FIFA. Au niveau des infrastructures, six stades répondant aux normes internationales sont déjà prêts et quatre sont en construction. Le pays développe également depuis plusieurs années des technologies de communication et des complexes sportifs de qualité.

Lors des précédentes candidatures, le Maroc ne disposait pas des potentialités dont il jouit aujourd’hui. Il faut ajouter à cela les excellentes relations qui le lient à de nombreux états, qui lui donnent un avantage notable. Le dossier marocain est très solide même s’il sera confronté à de gros morceaux.

Un chemin semé d’embûches

Le continent africain pourrait donc recevoir la Coupe du Monde pour la deuxième fois de son histoire après l’édition 2010 en Afrique du Sud. Mais plusieurs ombres viennent se glisser dans la candidature du Maroc, qui n’est pas vraiment une garantie. Premier exemple en 2015. Face à l’ampleur du virus Ebola, la Fédération marocaine a demandé le report de la phase finale de la CAN, qui devait se dérouler sur son territoire. La Confédération Africaine refusant, un bras de fer s’est engagé entre les deux organisations. Tout le monde est resté sur ses positions et finalement, le Maroc n’a pas organisé pas la CAN et été disqualifié du tournoi pendant une ou deux éditions.

L’autre problème majeur est la corruption. A plusieurs reprises, des accusations de matchs truqués ont éclaboussé le football marocain. Le Raja Casablanca aurait acheté son doublé coupe-championnat en 2013 selon les dires d’El Amine Erbate, joueur du Raja. Des déclarations qui suivent celles de Mustapha Lamrani et les nombreux procès qui ont mis en cause des clubs de première division marocaine. Un fléau qui se répand jusqu’aux dirigeants de la fédération. La FIFA a ainsi reconnu en mars 2016 que le royaume avait versé des pots-de-vin à l’ancien président de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (Concacaf), Jack Warner, en échange de sa voix pour l’organisation des coupes du monde 1998 et 2010. Ses affaires durent depuis plusieurs années et peuvent peser dans la balance.

Pour obtenir la Coupe du Monde, les pays candidats devront mettre le paquet sur la sécurité. Malheureusement pour le Maroc, les stades sont souvent des lieux de heurts. Plusieurs exemples sont à déplorer comme le 20 mars 2016 lorsque des supporters du Raja Casablanca se sont violemment affrontés, laissant un bilan dramatique : deux morts et 54 blessés. Un an plus tard, des bagarres entre les fans du Wydad de Casablanca et du Chabab Rif Al-Hoceima ont fait une vingtaine de blessés. Le pays semble manquer de moyens humains pour assurer la sécurité lors d’une telle compétition, ce qui risque d’orienter les votants vers l’option américaine.

Enfin, la réforme mise en place par Gianni Infantino prévoit une coupe du monde avec 48 équipes . Plus de matchs, plus d’équipes, plus de supporters, de quoi saler encore un peu plus la note de cette organisation. Même si le gouvernement affirme pouvoir assumer les frais, face à eux se dressent trois grandes puissances économiques qui, ensemble, auront des moyens colossaux. Un duel très disputé pour recevoir un événement planétaire. Nous saurons le 13 juin 2018 qui du Maroc ou des trois pays américains recevra la plus belle des compétitions de football.

 

J.CROLBOIS , http://beinsports.fr